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Pourquoi Montessouricettes ?

Le jeu de mots est assez évident mais vous vous demandez peut-être ce que des souris viennent faire dans cette histoire ! En fait c’est ce qui définit le mieux la façon dont j’envisage le rôle d’une maman ou d’une éducatrice Montessori : comme une petite souris, on prépare l’environnement, l’ambiance dans laquelle vit l’enfant, on travaille dans l’ombre et on l’observe évoluer dans cette ambiance. Comme une petite souris, on s’efface, on se fait toute petite et on regarde. Comme une petite souris, on cherche à passer inaperçue pendant que l’enfant travaille. Bref, je crois que la principale qualité d’une bonne éducatrice est la discrétion.

Beaucoup d’autres qualités s’y rattachent automatiquement : il est impossible d’être discrète sans être calme, difficile également de ne pas être patiente si on s’efforce de rester en observation. Discrétion, calme, patience, trois qualités sur lesquelles j’ai dû beaucoup travailler ! Il y a toutes sortes de tempéraments et le mien ne me portait pas à la patience, mais à force de travail, à force de retenue, j’ai fini par m’améliorer. Il y a toutefois encore bien du chemin à parcourir, d’autant qu’il est plus facile d’être calme et patiente lorsque l’on a un rythme de vie tranquille, ce qui n’est absolument pas mon cas (mais je m’ennuierais trop je crois sinon) !

 

Patience

 

Lorsque je parle de l’école à la maison, beaucoup de gens me répondent « Je n’aurais pas la patience ! ». Je vous rassure, j’étais persuadée de ne pas l’avoir non plus. Au départ, je ne me suis lancée dans l’instruction en famille que dans l’attente de monter une école Montessori. Mais ce qui a commencé un peu par hasard, comme une solution temporaire, a fini par nous convenir et par me plaire tellement que le temporaire est devenu permanent, et que le projet d’école n’a maintenant plus lieu d’être.

Et la retenue, qui nécessitait un effort constant sur moi-même pour le bien de mes enfants, a fini par rejaillir également sur mon bien-être et mon acceptation de moi-même. Je m’explique : en Montessori, le plus dur n’est pas de savoir comment présenter le matériel, c’est (en tout cas pour moi) de se retenir d’intervenir 9 fois sur 10. Votre enfant met 15 minutes à faire ses lacets ? Eh bien on le laisse faire (si on a le temps) et le lendemain, on le prévient du départ 15 minutes plus tôt pour qu’il ait le temps de les faire. Il déchiffre péniblement un mot et ne le reconnaît pas ? On lui laisse le temps de la réflexion et on attend qu’il se tourne vers nous pour l’aider. Le plus souvent, la réponse viendra d’elle-même.

Combien de fois ne me suis-je pas retenue lorsque mon fils interprétait mal le début d’un mot, comme « maison » ! J’entendais « m-a-ï-ss » et je bouillais intérieurement de l’interrompre pour le corriger, mais si j’arrivais à me maîtriser, la satisfaction tranquille avec laquelle il se corrigeait seul à la fin du mot et disait « m-a-ï ss-on, maison ! » me renforçait dans l’idée que j’avais bien fait de me taire. Et au fond de moi, j’étais incroyablement fière, alors que j’aurais eu l’impression qu’il n’était pas capable de lire tout seul si je ne l’avais pas laissé se corriger sans intervenir.

 

Le bonheur d'avoir fait quelque chose seul

 

Vous ne voyez peut-être pas le rapport avec mon propre bien-être ? C’est tout simple : lorsque l’on fait l’école à la maison, on est, aux yeux du monde, responsable de la réussite scolaire de ses enfants. Un enfant qui sait lire à 5 ans, c’est une victoire personnelle de la maman, un autre qui ne sait pas encore compter jusqu’à 100 quand tous ses amis et cousins le font, c’est un échec parental. Mais lorsque l’enfant travaille seul comme en Montessori, il devient responsable de ses réussites et de ses lenteurs. Notre culpabilité de parent s’en trouve singulièrement relâchée.

Et curieusement, ce que l’on n’arrivait pas à se pardonner à soi-même (« Quoi, il ne sait toujours pas lire, je dois vraiment mal m’y prendre ! Quelle idiote ! »), on l’accepte bien plus facilement de ses enfants : « Il ne sait pas encore lire mais ce n’est pas grave. Il n’a pas l’air d’être prêt à franchir le pas (en Montessori, on parle d’explosion de la lecture), ça viendra. Et quels progrès il a fait en calcul ! ».

 

Affiche Etre et devenir

 

Bref, je suis beaucoup plus à l’aise dans le rôle d’une humble souricette qui travaille dans l’ombre et observe ce qui se passe que dans celui d’un mulet qui porte tout sur son dos et trime à longueur de journée pour traîner derrière lui trois enfants. Cela me rappelle d’ailleurs l’affiche du film « Être ou devenir » : le sous-entendu est que c’est l’enfant qui donne la direction et qui est le moteur de l’éducation. Je nuancerais la première partie, je considère que c’est un apprentissage et qu’au début l’enfant a besoin d’être guidé (c’est tout l’intérêt de l’ambiance préparée en Montessori), mais pas la deuxième.

On ne peut pas apprendre à la place de ses enfants, tous les parents le savent bien ! On leur donne tous les éléments, on leur fournit des méthodes, des outils, mais l’effort doit être le leur. En prendre conscience, c’est à la fois responsabiliser ses enfants et se décharger d’un poids immense. Combien de parents connaissons-nous qui se désespèrent de ce que sont devenus leurs enfants (pour une raison ou pour une autre, la drogue, un style de vie qu’ils n’approuvent pas, des compétences gâchées…) et qui se demandent ce qu’ils ont pu faire de mal, ce qu’ils ont raté pour que leur enfant « tourne mal ». Peut-être n’ont-ils rien fait de mal. On a pour responsabilité de fournir les meilleures chances à ses enfants, mais ils devront, à un moment ou à un autre, prendre et assumer leurs propres décisions. Parfois ils se construisent en conformité avec les désirs des parents, parfois en opposition complète et c’est difficilement prévisible.

Alors relâchons la pression, voulez-vous ? Remplissons notre mission quotidienne telles de petites souris, mais laissons de côté la culpabilité. Offrons à l’enfant la chance de grandir en autonomie et en responsabilité, tandis que nous découvrons, petit à petit, que l’amour s’exprime aussi par le détachement, jusqu’à ce que l’oiseau s’envole du nid !

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